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Portrait de dirigeant : Alexandre ERMENAULT, président et fondateur d’Onafis

Quand la data rencontre le vin
1 juin 2026 par
Rozhin Aubé

Certaines entreprises naissent d’une intuition concrète. Pour Alexandre Ermenault, fondateur d’Onafis, tout commence en 2017, chez un vigneron de Muscadet que sa famille connaît depuis plusieurs générations.

Ce jour-là, il observe des gestes, des prélèvements, des opérations encore très manuelles. Lui vient du monde de la data et de l’informatique. Il perçoit rapidement un besoin : suivre plus finement l’évolution du vin, réagir plus vite, mieux comprendre ce qui se passe dans les cuves ou pendant l’élevage.

Le premier sujet identifié porte sur l’élevage du vin, cette période qui suit la fermentation alcoolique et durant laquelle le vin construit une partie de son caractère. L’enjeu est de mieux suivre l’évolution du produit, de limiter les dérives, de réduire les sulfites lorsque c’est possible, et d’éviter de dépendre uniquement d’analyses qui arrivent parfois 48 à 72 heures après le prélèvement.

Entre-temps, le vin continue de vivre. C’est dans cet écart entre le temps de l’analyse et le temps du vivant qu’Onafis trouve son point de départ.

Alexandre Ermenault ne vient pas du monde viticole. Son approche n’est pas de remplacer le savoir-faire des professionnels du vin, ni de leur expliquer leur métier. Face au premier vigneron avec lequel il échange, sa posture est simple : comprendre ses pratiques, écouter ses contraintes, puis chercher comment la technologie peut l’aider.

“Je ne vais pas refaire ton métier. Par contre, je sais sûrement te trouver des solutions.”

Cette phrase résume l’esprit d’Onafis. La technologie n’est pas pensée comme une rupture avec le métier. Elle vient en appui. Elle observe, mesure, alerte et sécurise.

Aujourd’hui, Onafis développe des solutions numériques permettant de suivre les étapes de vinification en temps réel, du raisin jusqu’à la mise en bouteille. L’entreprise s’adresse aux professionnels de la production, avec des informations fiables, utiles et activables.

Dans cet univers, l’adoption du numérique ne va pas de soi. Onafis a donc fait un choix fort : concevoir un outil qui alerte au bon moment, plutôt qu’une application à consulter en permanence.

“Je fais tout pour qu’ils utilisent le moins possible mon application.”

La formule peut surprendre. Elle dit pourtant beaucoup de la compréhension terrain portée par Onafis. Un bon outil numérique n’est pas nécessairement celui que l’on consulte sans cesse. C’est parfois celui qui sait rester discret, jusqu’au moment où son intervention devient utile. Pour les équipes, c’est aussi une façon de réduire la charge mentale.

Après plusieurs années de recherche et développement, Onafis commence à commercialiser ses premières solutions en 2021. L’entreprise se développe d’abord dans le vin, puis ouvre progressivement son champ d’application à d’autres univers : bière, spiritueux, distilleries, et plus largement produits fermentés.

Cette capacité d’adaptation repose sur des choix technologiques pensés pour être robustes. Pour le suivi de fermentation, Onafis s’appuie notamment sur la mesure de la masse volumique du liquide, liée à la transformation du sucre en alcool. Cette approche physique permet d’imaginer des usages sur différents produits, sans repartir de zéro à chaque nouveau marché.

Avec Onafis, Alexandre Ermenault transpose son expérience de la data dans un univers viticole exigeant, où les relations, le terrain et la confiance jouent un rôle essentiel. L’entreprise regarde aussi au-delà du marché français, avec des cultures et des rythmes différents selon les pays.

Ce que l’on retient de cet échange, c’est cette rencontre entre deux mondes : celui de la data et celui du vivant. Onafis ne cherche pas à imposer le numérique au monde du vin. L’entreprise cherche à rendre visible ce qui ne l’est pas toujours, à donner de l’information au bon moment, à sécuriser les gestes et les décisions.

Dans un univers où chaque produit évolue, la donnée devient un appui. Non pas pour remplacer l’humain, mais pour l’aider à mieux voir, mieux comprendre et mieux agir.


Merci à Alexandre ERMENAULT d'avoir répondu à nos questions.

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